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Ilja, pendant la
prière d’intercession des jeunes, à droite |
Ilja Astapov
de Russie nous parle du chemin qui l’a conduit à Marie. Il
a 19 ans et étudie la pédagogie à Moscou. Il dit
lui-même que, dans sa famille, Dieu n’avait pas de place.
Pourtant, il n’a jamais douté de son existence. À
l’âge de trois ans, il a été baptisé
avec ses deux frères dans l’église orthodoxe. Bien
que tout petit et qu’à cet âge-là, il ait eu
une compréhension limitée des choses, il a posé au
prêtre pendant le baptême des questions très intéressantes,
tout en cherchant constamment à toucher sa croix. À la surprise
générale, le prêtre le prit avec lui derrière
l’iconostase, alors que cet endroit, dans l’église
orthodoxe, est strictement réservé au clergé. Ilja
lui-même dit que, dès ce moment-là, un fondement a
été posé en lui qu’il ne va découvrir
qu’en 2002, lors d’un pèlerinage à Fatima.
« Mère, où demeures-tu? » Ce n’est pas
moi qui ai posé le premier cette question à notre Mère
céleste. Cette question résonne maintenant aussi en mon
âme : « Mère, où demeures-tu ? » Ou peut-être
devrais-je demander plus précisément : « Mère,
où m’appelles-tu ? »
Marie elle-même a répondu à cette question en m’invitant
en juin 2002, de façon tout à fait inattendue, à
un pèlerinage en Europe de l’Ouest dans des sanctuaires marials,
un pèlerinage qui culminait à Fatima au Portugal. C’est
seulement après le pèlerinage que j’ai compris de
combien de dangers la Sainte Vierge m’avait délivré.
Elle a toujours étendu son manteau protecteur sur moi dans les
moments les plus difficiles de ma vie. Elle était toujours près
de moi, surtout là où je ne voulais pas entendre parler
d’elle.
J’ai passé les heures les plus difficiles de ma vie au moment
de la puberté ; je me sentais pris dans une lutte entre deux camps,
entre la lumière et les ténèbres. Je ne cessais de
constater que je n’étais pas comme beaucoup d’autres,
qu’en fait, je voulais être bon. Dans mon effort pour me trouver
moi-même, je me suis mis à mener une double vie.
Je regardais pendant des heures de mauvais films : des films policiers,
d’horreur, ces films dans lesquels on montre le combat entre le
bien et le mal. Je tenais même un journal de bord dans lequel je
notais tout ce qui se disait dans ces films sur l’enfer et sur Satan.
Au lycée, je me suis mis à fumer et à boire des alcools
légers. J’essayais d’une certaine manière de
refouler l’autre que j’étais.
Il vint ensuite pour moi, un temps de profonde solitude, d’abandon.
Je voulais prouver quelque chose aux autres, leur montrer la force qui
était en moi. À ce moment-là, je ne connaissais malheureusement
du monde que la face obscure. C’est ainsi que je pensais que Satan
possédait tout pouvoir et toute force, du moins c’est ce
qu’il me semblait voir. À partir d’un rêve que
j’ai eu et dans lequel je me voyais sous les traits d’un mage
qui avait beaucoup de pouvoir et de force de destruction, je me suis laissé
entraîner à un acte qui aurait pu avoir de graves retombées.
À la suite de ce rêve, j’ai
écrit en effet une lettre à Satan en lui offrant
mon âme, exactement comme je l’avais vu dans un film. Je signais
même de mon propre sang. J’ai mis la lettre sous le coussin
pour, comme je le croyais naïvement, la cacher aux yeux des bons
anges.
C’est alors que, sans que j’en sois conscient, Marie est intervenue
dans ma vie. Il me semble qu’en cette
nuit, la Sainte Vierge m’a protégé de Satan et couvert
de son manteau. Ce n‘est pas en vain qu’on vénère,
dans l’église où j’ai été baptisé,
une icône du nom de : La Vierge aux trois mains. D’une main,
Marie tient l’Enfant Jésus ; de l’autre elle montre
son propre cœur comme pour dire : « Je prie pour toi. »
La troisième main, elle la tend au pécheur pour lui venir
en aide afin qu’il saisisse cette main. Dans mon cas, il est sûr
que Marie m’a tendu sa main salvatrice et a mis ma main dans la
sienne au moment où je me trouvais au bord de l’abîme.
Aussi incroyable que cela paraisse, je changeai subitement en bien. Je
ne pouvais plus supporter par exemple que mes frères se disputent.
Bien sûr, ils se moquaient de moi. Je me suis mis à écrire
des poésies et à aimer la nature. Après l’école
du dimanche que j’aimais fréquenter mais où je ne
restais que quelques heures, je me suis mis au théâtre dans
ma recherche de la vérité.
Parce que ça me plaisait, on m’a invité à ‘Dom
Marie’, une maison à finalité caritative avec une
chapelle de l’adoration perpétuelle, pour y jouer le rôle
d’Hérode. C’est seulement à présent que
je comprends que je n’y ai pas été appelé par
hasard. La Sainte Vierge m’a conduit vers les enfants pauvres dont
les parents étaient alcooliques ou drogués. C’était
le premier degré de l’oubli de soi. J’aimais beaucoup
travailler avec les enfants. Nous avons joué du théâtre,
chanté et écouté ce que nous enseignait la catéchète.
Sans avoir jamais vraiment eu d’instruction religieuse, je comprenais
beaucoup ; il me semblait même que je le savais déjà.
Vint alors le jour de cet important pèlerinage en 2002. Dieu m’a
fait faire la connaissance de catholiques qui m’ont profondément
impressionné et j’avais le sentiment que celle qui m’avait
été si proche sans que je la connaisse encore, me parlait
d’elle à travers ces gens.
Dès le début, on nous a offert des chapelets bénis
par la Sainte Vierge à Medjugorje. Comme cette prière m’a
mis dans la familiarité de Marie ! J’aurais été
prêt à prier durant tout le trajet cette merveilleuse prière
du Rosaire sans manger ni dormir pour ne parler qu’avec elle et
entonner sans cesse ce : « Réjouis-toi, Marie ! » Je
me sentais comme des ailes. Mon cœur lui aussi se réjouissait
à ces mots que lui a adressés l’ange. Même quand
tout le monde était déjà fatigué, je prenais
le micro pour contempler inlassablement un mystère de la vie de
Jésus et de Marie. C’est ce qui à la fin m’a
valu le surnom de ‘gars du Rosaire’. On aurait dit qu’elle
m’appelait : « Suis-moi ! Je te parlerai de moi et de mon
Fils. » Il en fut bien ainsi. D’un pays à l’autre,
nous avons renforcé notre lien avec elle : à Tchestochowa,
à Cracovie, Stuttgart, Cologne, Lourdes, Lisieux, Montserrat, Madrid,
Barcelone et à Fatima. C’est elle qui nous a conduits d’un
lieu d’apparition à l’autre jusqu’à Fatima.
À Fatima, la Sainte Vierge a invité à prier pour
la conversion de la Russie. En 1917, elle est apparue à trois petits
bergers, leur demandant de prier fidèlement le chapelet et afin
que le monde entier soit consacré à son Cœur Immaculé.
Nous voilà donc à Fatima, 70 personnes venues de Russie,
catholiques et orthodoxes réunis, pour trouver, en Marie, notre
Mère. Nous avons fait à genoux les cinq ou six cents mètres
restants jusqu’au lieu de l’apparition. J’étais
en tête car je portais le drapeau russe. À ce moment-là,
je n’ai pu dire qu’une chose : « Oh ! Mère, nous
voilà devant toi pour te consacrer notre Russie. » J’ai
donné alors mon cœur et ma vie à Marie en me mettant
à son entière disposition. J’ai tout oublié
de ce qui était derrière moi et je me sentais comme après
un deuxième baptême. Elle est devenue Mère pour moi
et je voulais être prêtre pour elle. Toutes ces rencontres
que j’ai faites avec elle n’ont servi qu’à me
montrer de plus en plus clairement ma vocation. C’est ainsi que
ce voyage à Fatima et mon retour ont été pour moi
un seul appel à la conversion.
La Sainte Vierge m’avait cependant préparé une surprise
particulière à Cologne. C’est là en effet que
j’ai reçu d’un prêtre catholique l’image
de la Dame de tous les Peuples. Je n’en avais encore jamais entendu
parlé mais je savais qu’elle me le ferait comprendre plus
tard. Déjà à ce moment-là, je m’étais
décidé à n’être qu’une petite brebis
qui désire seulement avoir les yeux fixés sur elle.
C’est ainsi que je suis entré dans l’église
catholique pour me convertir enfin, me trouver enfin moi-même, grandir
dans la vie spirituelle et travailler avec les jeunes. Mais, rendez-vous
compte, alors que j’avais été comblé de tant
de grâces au cours de ce pèlerinage, il m’a fallu subir
encore des rechutes et parfois c’était presque comme si ce
pèlerinage n’avait jamais eu lieu. Un jour que dans une pièce
de théâtre, je jouais le rôle de Don Bosco et mettais
la soutane, je sentis enfin à nouveau l’appel à la
conversion, cette même joie que j’avais eu quelques temps
auparavant en rencontrant Marie. Dans toutes ces épreuves, j’ai
pourtant pu dire à maintes reprises d’un cœur sincère
: « La Sainte Vierge est ma maman. Elle est toujours près
de moi. »
À présent, une question surtout se pose à moi qui
ne cesse de me préoccuper : « Où demeures-tu, Marie
? C'est-à-dire, où veux-tu m’avoir, Mère ?
»
Si aujourd’hui, la Mère de tous les Peuples me fait entrer
un tout petit peu dans le mystère de ses apparitions, c’est
à la seule fin de pouvoir la servir mieux un jour. Elle me fera
bien savoir où ce sera car : « C’est toi, Marie, le
chemin qui nous conduit au Christ ! »
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