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C’est surtout à Antioche
que ( comme le rapportent les Actes des Apôtres ), l’Eglise
primitive partie de Jérusalem, a pris son essor grâce à
l’apostolat de Pierre, de Paul et de Barnabé. C’est
là –l’actuel Liban- que les disciples de Jésus
ont reçu pour la première fois, le nom de chrétiens
et le premier évêque d’Antioche fut Pierre.
En 1998, Mgr. Ignace Moussa Daoud qui était évêque
du Caire, fut nommé Patriarche d’Antioche, se trouvant ainsi
à la tête de toute l’Eglise syro-catholique. Sa langue
maternelle est l’araméen, la langue même de Jésus.
Le Patriarche Daoud est connu au Moyen Orient, autant en Israël que
dans le monde arabe, pour être un homme de dialogue et d’unité.
Avec mes remerciements les plus vifs à Son Excellence Révérendissime
Monseigneur Paolo HNILICA, S.I.,
et à la Famille de Marie Corédemptrice, qui ont bien voulu
m’inviter à prendre part à cette quatrième
Journée Internationale de Prière en l’honneur de Notre-Dame
et Mère de tous les Peuples, je voudrais adresser en outre mes
cordiales salutations à toutes les autorités religieuses
et civiles ici présentes, aux prêtres, aux religieux et religieuses,
aux pèlerins venus de toute part, et à cette foule pieuse
et recueillie qui représente le peuple de Dieu.
A vous tous, chers amis, je m’associe de tout cœur pour célébrer
ensemble la Pentecôte avec Marie, Notre Dame et Mère de tous
les Peuples.
Ce titre que j’adopte et approuve bien volontiers et cette manifestation
si émouvante en l’honneur de la mère de Dieu ne sont-elles
pas une conséquence logique de la prophétie de Marie elle-même
dans son Magnificat : « Toutes les générations me
diront bienheureuse » (Lc 1,48) ?
Chers amis,
Comme nous sommes en plein Jubilé de l’An 2000, je n’ai
pas trouvé de meilleur discours que de vous parler de la signification
profonde ou de l’essence du Jubilé qui est en fait, l’histoire
de l’AMOUR de Dieu pour le monde ou l’histoire de la MISERICORDE
divine à laquelle Marie est pleinement associée.
Cette histoire a pour titre l’AMOUR, pour sujet l’AMOUR, pour
actes et conclusion l’AMOUR, pour héros, le Dieu d’AMOUR,
le Dieu AMOUR.
Cette histoire commence par un acte d’AMOUR expansif et désintéressé,
la création du monde et de l’homme. Dieu n’en avait
pas besoin pour être heureux. Il les a créés par AMOUR,
par MISERICORDE, pour les associer à son bonheur. Quel AMOUR miséricordieux
et généreux qui donne à l’aimé, l’existence,
l’être, la personne !
Mais l’AMOUR du Dieu créateur n’a pas trouvé
en retour l’AMOUR. Dieu a aimé le monde mais le monde n’a
pas aimé Dieu. Le premier chapitre de l’AMOUR de Dieu se
termine par une triste tragédie : l’homme est chassé
du paradis.
Tout est-il perdu ? L’AMOUR miséricordieux de Dieu ne se
tient pas pour vaincu, il répond par un AMOUR plus grand : l’envoi
du Fils dans le monde, qui se fait homme pour diviniser l’homme.
Cet AMOUR miséricordieux de Dieu ne trouve pas non plus l’AMOUR.
Une fois encore Dieu a aimé le monde, mais le monde ne l’a
pas aimé. Il est venu parmi les siens mais les siens ne l’ont
pas reçu. L’homme a préféré les ténèbres
à la lumière. Ce fut une duel tragique entre l’AMOUR
miséricordieux qui se donne et le mystère du mal qui se
renferme dans son inimitié face à l’AMOUR.
Que faire ? Ce que les disciples demandent : « Que le feu descende
du ciel et les consume » (Lc 9,54) ? Non ! Jésus dit : «
Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! » (Lc 9,55ss)
Prendrons-nous le glaive pour combattre ? Non ! « Rengaine ton glaive
! » (Mt 26, 52), dit Jésus.
Non, non ! L’AMOUR miséricordieux triomphera encore une fois
et il répondra au refus, à la haine, au péché
par un AMOUR plus grand, l’AMOUR qui le conduit à la croix,
l’AMOUR qui va jusqu’au bout, jusqu’à ce que
tout soit accompli.
Donc, la souffrance, la mort, le tombeau, est-ce là, la fin de
cette grandiose histoire d’AMOUR ?
Non ! L’AMOUR miséricordieux de Dieu ne désespère
pas, n’abdique pas.
La Croix est certes le sommet de l’AMOUR miséricordieux de
Dieu, mais elle n’en est pas le dernier acte, car après les
chapitres de la passion, de la mort, de l’ensevelissement, il y
a d’autres chapitres qui ne sont pas moins émouvants.
L’AMOUR miséricordieux de Dieu persistera car il est plus
fort que la souffrance, plus grand que la mort et plus vaste que le tombeau.
C’est l’AMOUR miséricordieux qui laissera le tombeau
vide et qui, à la fin des temps, videra tous les tombeaux des hommes.
La résurrection du Fils sera le signe lumineux du triomphe de l’AMOUR
miséricordieux, mais l’ultime miracle de cet AMOUR sera la
résurrection des morts.
Cette histoire de l’AMOUR miséricordieux
se répètera dans chacune de nos vies et dans toute l’histoire
de l’Eglise.
C’est de l’AMOUR miséricordieux de Dieu que proviennent
notre prédestination, notre existence, notre baptême, nos
dons personnels, nos joies, le pardon de nos péchés, la
valeur transformante de nos souffrances et, après notre mort, notre
résurrection et notre vocation à la vision béatifique.
Et c’est aussi de ce même AMOUR que proviennent l’Eglise,
les sacrements, tous les secours de la grâce.
Pour accomplir tout cela, le Seigneur Jésus nous a fait une grâce
toute spéciale, unique. Il nous a donné pour mère
sa propre mère et il rempli son cœur de Son AMOUR miséricordieux.
La liturgie syriaque dans laquelle fut célébrée la
première Cène au Cénacle, appelle la Vierge Marie
la « pleine de MISERICORDE » et la prie ainsi :
« Pleine de MISERICORDE,
prie et demande au Plein de MISERICORDE
qu’Il fasse MISERICORDE
aux âmes qui implorent MISERICORDE ! »
Non, Marie n’a pas été un simple instrument dans la
main de Dieu. Les Pères du Concile affirment qu’elle a coopéré
au salut des hommes par son obéissance, sa foi, son espérance,
son ardente charité (LG 61).
Le Concile Vatican II donne à la Vierge quatre titres très
importants :
« avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice » (LG
6).
Aujourd’hui, votre mouvement demande que nous l’appelions
encore officiellement : « corédemptrice, médiatrice
et avocate ».
« Tout cela cependant, entendu de telle sorte que nulle dérogation,
nulle adition n’en résulte quant à la dignité
et à l’efficacité de l’unique médiateur,
le Christ » (LG 62).
Pour expliquer cette relation entre Marie et Jésus, le grand Dante
appelle Marie « la fille de son fils », c’est à
dire qu’elle doit tout à son fils. Sa plénitude vient
de Lui et par son intermédiaire, elle est son fruit autant qu’Il
est Lui, le fruit de ses entrailles.
Cette médiation de Marie, je l’ai expérimentée
personnellement plus d’une fois dans ma vie et mon apostolat. Qu’il
me soit permis de relater le fait suivant :
J’étais l’évêque syrien catholique du
Caire. Nous avions une église à Héliopolis sans presbytère
ni centre paroissial pour les oeuvres, les mouvements de jeunes, les organisations
pastorales.
Pour construire un tel centre, j’avais demandé des aides
un peu partout et avais reçu des sommes d’argent mais un
permis de la Mairie du Caire était nécessaire. Pour cela
il nous fallait obtenir un décret du Président de la République,
ce qui était pratiquement impossible en Egypte.
Je n’ai pas désespéré pour autant et ai présenté
une demande tout en recourant avec insistance à l’intercession
de la Sainte Vierge.
Les formalités ont été très dures et ont duré
plus de quatre ans. De plus, à un certain moment, le bienfaiteurs,
voyant que les travaux ne commençaient pas, m’ont demandé
de leur restituer l’argent.
Je me trouvais devant une impasse : obtenir ce décret présidentiel
pratiquement impossible ou rendre cet argent pour lequel j’avais
tant travaillé.
Le 14 avril 1986, je récitais le chapelet devant la grotte de Notre-Dame
de Lourdes, à l’évêché. Je me suis adressé
à la Vierge Marie, lui disant : « Voilà où
nous en sommes : les portes fermées. Tu connais nos problèmes.
Vierge Marie, fais quelque chose ! »
A peine ai-je quitté la grotte que le téléphone sonne
et une dame me donne le nom et l’adresse d’un général
du Ministère de l’Intérieur, prêt à nous
aider.
Deux jours plus tard, le mercredi 16 avril, je reçois un autre
coup de téléphone d’une autre dame qui me donne une
seconde adresse.
3 mois après, le 10 juillet 1986, j’apprenais de manière
presque sûre que nous allions finalement avoir ce permis.
Mais ce n’est que le 30 septembre que je reçois le décret
présidentiel si précieux, daté du 19 août 1986.
Je n’ai pas douté un instant de l’auteur de ce miracle
: « Merci, Vierge Marie ! C’est de toi que je dois cette grâce
! »
Le 25 novembre 1986, nous avons posé la première pierre
et, deux ans après, le 25 novembre 1988, nous avons inauguré
le centre paroissial.
Marie est vraiment notre Mère. Le peuple
libanais la vénère sous le titre de Notre-Dame du Liban.
Elle est la Mère de Notre Eglise Syrienne et le premier acte que
j’ai fait en tant que Patriarche a été de lui consacrer
cette Eglise.
Elle est la Mère de tous les Peuples. Et ici, en ce lieu de grâce,
où nous respirons l’esprit de l’Eglise universelle,
j’aimerais de nouveau lui exprimer ma gratitude filiale.
Je vous encourage de tout cœur, Chers amis,
à porter la Dame de tout les Peuples, la Mère de la miséricorde,
au monde entier.
Que Marie, Mère de tous les Peuples, bénisse
notre monde.
Qu’elle intercède auprès du Père pour qu’il
fasse miséricorde et nous donne la paix.
Qu’elle comble chacun de vous, ici présents, de joie, de
prospérité et d’amour. |