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Homélie de Sa Sainteté Ignace Moussa Daoud, Antioche - Détails
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« L'histoire de l'Amour miséricordieux de Dieu »

Homélie de Sa Sainteté Ignace Moussa Daoud,
Patriarche Syrien d’Antioche

4ème Journée Internationale de Prière à Amsterdam
Solennité de la Pentecôte, 10 -12 juin 2000

C’est surtout à Antioche que ( comme le rapportent les Actes des Apôtres ), l’Eglise primitive partie de Jérusalem, a pris son essor grâce à l’apostolat de Pierre, de Paul et de Barnabé. C’est là –l’actuel Liban- que les disciples de Jésus ont reçu pour la première fois, le nom de chrétiens et le premier évêque d’Antioche fut Pierre.
En 1998, Mgr. Ignace Moussa Daoud qui était évêque du Caire, fut nommé Patriarche d’Antioche, se trouvant ainsi à la tête de toute l’Eglise syro-catholique. Sa langue maternelle est l’araméen, la langue même de Jésus. Le Patriarche Daoud est connu au Moyen Orient, autant en Israël que dans le monde arabe, pour être un homme de dialogue et d’unité.



Avec mes remerciements les plus vifs à Son Excellence Révérendissime Monseigneur Paolo HNILICA, S.I.,
et à la Famille de Marie Corédemptrice, qui ont bien voulu m’inviter à prendre part à cette quatrième Journée Internationale de Prière en l’honneur de Notre-Dame et Mère de tous les Peuples, je voudrais adresser en outre mes cordiales salutations à toutes les autorités religieuses et civiles ici présentes, aux prêtres, aux religieux et religieuses, aux pèlerins venus de toute part, et à cette foule pieuse et recueillie qui représente le peuple de Dieu.
A vous tous, chers amis, je m’associe de tout cœur pour célébrer ensemble la Pentecôte avec Marie, Notre Dame et Mère de tous les Peuples.

Ce titre que j’adopte et approuve bien volontiers et cette manifestation si émouvante en l’honneur de la mère de Dieu ne sont-elles pas une conséquence logique de la prophétie de Marie elle-même dans son Magnificat : « Toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48) ?
Chers amis,
Comme nous sommes en plein Jubilé de l’An 2000, je n’ai pas trouvé de meilleur discours que de vous parler de la signification profonde ou de l’essence du Jubilé qui est en fait, l’histoire de l’AMOUR de Dieu pour le monde ou l’histoire de la MISERICORDE divine à laquelle Marie est pleinement associée.
Cette histoire a pour titre l’AMOUR, pour sujet l’AMOUR, pour actes et conclusion l’AMOUR, pour héros, le Dieu d’AMOUR, le Dieu AMOUR.

Cette histoire commence par un acte d’AMOUR expansif et désintéressé, la création du monde et de l’homme. Dieu n’en avait pas besoin pour être heureux. Il les a créés par AMOUR, par MISERICORDE, pour les associer à son bonheur. Quel AMOUR miséricordieux et généreux qui donne à l’aimé, l’existence, l’être, la personne !
Mais l’AMOUR du Dieu créateur n’a pas trouvé en retour l’AMOUR. Dieu a aimé le monde mais le monde n’a pas aimé Dieu. Le premier chapitre de l’AMOUR de Dieu se termine par une triste tragédie : l’homme est chassé du paradis.
Tout est-il perdu ? L’AMOUR miséricordieux de Dieu ne se tient pas pour vaincu, il répond par un AMOUR plus grand : l’envoi du Fils dans le monde, qui se fait homme pour diviniser l’homme.

Cet AMOUR miséricordieux de Dieu ne trouve pas non plus l’AMOUR. Une fois encore Dieu a aimé le monde, mais le monde ne l’a pas aimé. Il est venu parmi les siens mais les siens ne l’ont pas reçu. L’homme a préféré les ténèbres à la lumière. Ce fut une duel tragique entre l’AMOUR miséricordieux qui se donne et le mystère du mal qui se renferme dans son inimitié face à l’AMOUR.
Que faire ? Ce que les disciples demandent : « Que le feu descende du ciel et les consume » (Lc 9,54) ? Non ! Jésus dit : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ! » (Lc 9,55ss)
Prendrons-nous le glaive pour combattre ? Non ! « Rengaine ton glaive ! » (Mt 26, 52), dit Jésus.
Non, non ! L’AMOUR miséricordieux triomphera encore une fois et il répondra au refus, à la haine, au péché par un AMOUR plus grand, l’AMOUR qui le conduit à la croix, l’AMOUR qui va jusqu’au bout, jusqu’à ce que tout soit accompli.
Donc, la souffrance, la mort, le tombeau, est-ce là, la fin de cette grandiose histoire d’AMOUR ?
Non ! L’AMOUR miséricordieux de Dieu ne désespère pas, n’abdique pas.

La Croix est certes le sommet de l’AMOUR miséricordieux de Dieu, mais elle n’en est pas le dernier acte, car après les chapitres de la passion, de la mort, de l’ensevelissement, il y a d’autres chapitres qui ne sont pas moins émouvants.
L’AMOUR miséricordieux de Dieu persistera car il est plus fort que la souffrance, plus grand que la mort et plus vaste que le tombeau.
C’est l’AMOUR miséricordieux qui laissera le tombeau vide et qui, à la fin des temps, videra tous les tombeaux des hommes.
La résurrection du Fils sera le signe lumineux du triomphe de l’AMOUR miséricordieux, mais l’ultime miracle de cet AMOUR sera la résurrection des morts.

Cette histoire de l’AMOUR miséricordieux se répètera dans chacune de nos vies et dans toute l’histoire de l’Eglise.
C’est de l’AMOUR miséricordieux de Dieu que proviennent notre prédestination, notre existence, notre baptême, nos dons personnels, nos joies, le pardon de nos péchés, la valeur transformante de nos souffrances et, après notre mort, notre résurrection et notre vocation à la vision béatifique.
Et c’est aussi de ce même AMOUR que proviennent l’Eglise, les sacrements, tous les secours de la grâce.
Pour accomplir tout cela, le Seigneur Jésus nous a fait une grâce toute spéciale, unique. Il nous a donné pour mère sa propre mère et il rempli son cœur de Son AMOUR miséricordieux. La liturgie syriaque dans laquelle fut célébrée la première Cène au Cénacle, appelle la Vierge Marie la « pleine de MISERICORDE » et la prie ainsi :

« Pleine de MISERICORDE,
prie et demande au Plein de MISERICORDE
qu’Il fasse MISERICORDE
aux âmes qui implorent MISERICORDE ! »
Non, Marie n’a pas été un simple instrument dans la main de Dieu. Les Pères du Concile affirment qu’elle a coopéré au salut des hommes par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité (LG 61).
Le Concile Vatican II donne à la Vierge quatre titres très importants :
« avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice » (LG 6).
Aujourd’hui, votre mouvement demande que nous l’appelions encore officiellement : « corédemptrice, médiatrice et avocate ».
« Tout cela cependant, entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle adition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique médiateur, le Christ » (LG 62).
Pour expliquer cette relation entre Marie et Jésus, le grand Dante appelle Marie « la fille de son fils », c’est à dire qu’elle doit tout à son fils. Sa plénitude vient de Lui et par son intermédiaire, elle est son fruit autant qu’Il est Lui, le fruit de ses entrailles.
Cette médiation de Marie, je l’ai expérimentée personnellement plus d’une fois dans ma vie et mon apostolat. Qu’il me soit permis de relater le fait suivant :

J’étais l’évêque syrien catholique du Caire. Nous avions une église à Héliopolis sans presbytère ni centre paroissial pour les oeuvres, les mouvements de jeunes, les organisations pastorales.
Pour construire un tel centre, j’avais demandé des aides un peu partout et avais reçu des sommes d’argent mais un permis de la Mairie du Caire était nécessaire. Pour cela il nous fallait obtenir un décret du Président de la République, ce qui était pratiquement impossible en Egypte.
Je n’ai pas désespéré pour autant et ai présenté une demande tout en recourant avec insistance à l’intercession de la Sainte Vierge.
Les formalités ont été très dures et ont duré plus de quatre ans. De plus, à un certain moment, le bienfaiteurs, voyant que les travaux ne commençaient pas, m’ont demandé de leur restituer l’argent.
Je me trouvais devant une impasse : obtenir ce décret présidentiel pratiquement impossible ou rendre cet argent pour lequel j’avais tant travaillé.
Le 14 avril 1986, je récitais le chapelet devant la grotte de Notre-Dame de Lourdes, à l’évêché. Je me suis adressé à la Vierge Marie, lui disant : « Voilà où nous en sommes : les portes fermées. Tu connais nos problèmes. Vierge Marie, fais quelque chose ! »
A peine ai-je quitté la grotte que le téléphone sonne et une dame me donne le nom et l’adresse d’un général du Ministère de l’Intérieur, prêt à nous aider.
Deux jours plus tard, le mercredi 16 avril, je reçois un autre coup de téléphone d’une autre dame qui me donne une seconde adresse.
3 mois après, le 10 juillet 1986, j’apprenais de manière presque sûre que nous allions finalement avoir ce permis.
Mais ce n’est que le 30 septembre que je reçois le décret présidentiel si précieux, daté du 19 août 1986.
Je n’ai pas douté un instant de l’auteur de ce miracle : « Merci, Vierge Marie ! C’est de toi que je dois cette grâce ! »
Le 25 novembre 1986, nous avons posé la première pierre et, deux ans après, le 25 novembre 1988, nous avons inauguré le centre paroissial.

Marie est vraiment notre Mère. Le peuple libanais la vénère sous le titre de Notre-Dame du Liban. Elle est la Mère de Notre Eglise Syrienne et le premier acte que j’ai fait en tant que Patriarche a été de lui consacrer cette Eglise.
Elle est la Mère de tous les Peuples. Et ici, en ce lieu de grâce, où nous respirons l’esprit de l’Eglise universelle, j’aimerais de nouveau lui exprimer ma gratitude filiale.

Je vous encourage de tout cœur, Chers amis, à porter la Dame de tout les Peuples, la Mère de la miséricorde, au monde entier.

Que Marie, Mère de tous les Peuples, bénisse notre monde.
Qu’elle intercède auprès du Père pour qu’il fasse miséricorde et nous donne la paix.
Qu’elle comble chacun de vous, ici présents, de joie, de prospérité et d’amour.

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