Contenu du site


Homélie de S.E. Paul Maria Hnilica, Rome - Détails
Home --> Archives --> Journées de Prière --> 2005 Amsterdam

Imprimer la page

 

Untitled Document

7ème Journée Internationale de Prière à Amsterdam
Vendredi, 6 mai 2005

Homélie
de S. E. Mgr Paul Maria Hnilica S.J.
Rome, Évêque titulaire de Rusado

Messe votive du Sacré Coeur de Jésus
Ep 3,4-19
Mt 11, 25-30


Force de la souffrance offerte par amour
Jean-Paul II, un homme qui a su aimer jusqu’au bout


Chers confrères dans l’épiscopat, chers prêtres, chers pèlerins,

Jamais encore de mémoire d’homme, le monde n’avait été aussi uni qu’en ces derniers jours de la souffrance et de la mort du pape Jean-Paul II. Dans le monde entier on a prié pour lui, juifs et chrétiens tout comme des musulmans aussi. Jeunes et vieux sont venus de toutes les nations pour rendre à leur Saint Père bien-aimé les derniers honneurs et le voir une dernière fois. Des hommes d’État qui passaient pour être des ennemis invétérés, comme le président syrien Baschar al-Assad et le président israélien, Mosche Katzav, échangeaient des sourires et se tendaient la main.

Qu’est-ce qui a poussé quatre millions de personnes à venir du monde entier en dépit des cruelles fatigues du voyage et de celles de l’attente. Qu’est-ce qui a rallié ceux qui pendant des décennies n’avaient les uns envers les autres que des préjugés défavorables et une attitude d’hostilité ?
C’est l’amour inconditionnel que Jean-Paul II d’un cœur paternel a porté envers tous, sans faire acception de personne ; un amour qui vient de Dieu et mène à Dieu. C’est une grâce qu’il a gagnée en tant que Bon Pasteur au prix du don de sa vie.
Nous avons tous été témoins de la souffrance qui l’a marquée dès l’attentat qu’il a subi en 1981 et qu’il n’a jamais cachée en public. Il a en effet très bien compris la force de transformation et de rédemption inhérente à la souffrance et il comptait dessus.

En faisant allusion à l’attentat, il dit : « Le Christ a souffert pour nous tous et a donné à la souffrance un sens nouveau. Il l’a située dans une nouvelle dimension…, dans l’ordre de l’amour. La souffrance consume et consomme le mal par la flamme de l’amour et elle fait aussi éclore du péché… de nombreuses fleurs du bien. » Jean-Paul II vivait cette foi. Aussi le message de sa souffrance et de son silence était-il si éloquent et fécond.

Son Excellence Mgr Angelo Comastri qui pendant trois ans a assumé la charge de prêcher les exercices spirituels au pape et à la curie, a pu se rendre auprès du Saint Père quelques heures à peine avant sa fin. Il rapporte ainsi cette rencontre : « En arrivant devant le pape, j’ai eu un mouvement d’une indicible émotion… La vue d’une telle souffrance me poussa à lui dire : Tu es vraiment jusqu’au bout le Vicaire du Christ sur terre, dans cette Passion que tu vis et qui édifie et touche tellement tout le monde… Par sa souffrance, le pape a écrit la plus belle encyclique de sa vie car il est resté fidèle à Jésus jusqu’à la fin. »
Le pape Jean-Paul II était tout pénétré du message chrétien de la souffrance corédemptrice. Le vendredi saint de cette année, il fit lire les paroles suivantes : « L’adoration de la Croix nous invite à assumer une responsabilité à laquelle nous ne pouvons pas échapper : la mission dont parle saint Paul quand il dit : ‘Pour le Corps du Christ qu’est l’Église, je complète dans ma vie terrestre ce qui manque à la Passion du Christ’ (col 1,24). Moi aussi, j’offre mes souffrances afin que s’accomplisse le décret de Dieu et que sa Parole parvienne à tous les hommesEn ce jour où nous faisons mémoire du Christ crucifié, je regarde avec vous la Croix, je l’adore et répète les paroles de la liturgie : ‘O crux, ave spes unica !’ Sainte Croix, notre seule espérance, donne-nous patience et courage, obtiens la paix au monde ! »
En entendant ces paroles, notre pensée ne se porte-t-elle pas d’elle-même vers ce que disait la Mère de tous les Peuples : « Les peuples du monde entier ne trouveront pas de repos… tant qu’ils n’élèveront pas leur regard vers la Croix, centre de ce monde » (31 mai 1951). C’est la Croix qui nous sauve. C’est pourquoi il faut savoir être reconnaissant quand nous sentons nous aussi peser dans notre vie le poids de la Croix.

Jean-Paul II était un prêtre, un pape qui portait en lui le Cœur de Jésus. Il abordait les gens avec une grande humilité et un grand respect, de quelque race ou de quelque religion ils soient. Il ne faisait pas de différence dans l’amour à donner parce qu’il savait que Jésus, la Bon Pasteur, avait donné sa vie pour tous les hommes. C’est pourquoi lui aussi, il a voulu être un père pour tous, pour les réunir tous dans une seule vérité. Il donne lui-même un exemple merveilleux de la façon dont l’amour humble et la souffrance corédemptrice sont source d’unité. C’est de là que venait et vient sa force d’attraction. On a pu voir de nos propres yeux à sa mort à quel point s’est réalisée la parole du Seigneur : « Quand je serai élevé à la Croix, je les attirerai tous à moi » (d’après Jn 12, 32).
Moi-même, j’ai pu longuement prier près de la dépouille de ce grand pape. Je me suis senti spirituellement intimement uni à lui. C’étaient mes plus logues audiences avec lui. Dans ces moments-là, je lui ai promis de continuer ce qu’il nous a laissé en héritage et je vous invite tous à m’y aider.

Quand j’étais devant le pape défunt, m’est venu en mémoire l’image d’un de mes confrères qui s’appelait aussi Karol. Il était encore au séminaire des Jésuites quand il fut arrêté sous le régime communiste. On le transféra d’un camp de concentration à l’autre. Mais rien ne pouvait lui arracher le désir qu’il avait d’être missionnaire en Inde pour porter Jésus dans ce pays. Lors d’un accident de travail, il se retrouva enseveli sous des pelletés de terre et resta trois jours sans connaissance. À son réveil, ses premiers mots furent : « Est-ce que je peux aller en Inde ? » Mais au cours des mois, on s’aperçut qu’il ne sortirait vraisemblablement jamais plus de ces camps de concentration. C’est pourquoi, il me fit parvenir clandestinement son journal de bord et sa croix missionnaire. Il me fit dire : « J’ai reçu cette croix en tant que Jésuite. Je vous demande de la prendre. Quand le porteur de drapeau tombe au combat, c’est un autre qui aussitôt prend le relais et le combat continue jusqu’à la victoire. Peu importe qui porte la bannière, ce qui compte, c’est qu’on la porte jusqu’à la fin. Prenez donc, je vous prie, ma croix, notre bannière dans le combat. Si un jour, vous allez en Inde, laissez-la dans une station missionnaire. Je prierai et souffrirai ici pour ce peuple. »
Près de la dépouille du pape Jean-Paul II, cet épisode me revenait en mémoire. Quelle était la bannière sous laquelle il a combattu ?

Il avait déjà comme évêque la devise « Totus tuus », marque de sa donation inconditionnelle à la Sainte Vierge. Mais ce Totus tuus a pris une toute nouvelle dimension à partir de l’attentat du 13 mai. Jean-Paul II a éprouvé dans les jours d’hospitalisation toute sa faiblesse physique. Je me rappelle bien ce qu’il confia à l’un de ses amis : « Voyez, je ne peux même plus bouger. » Mais, après avoir marqué une pause, il dit : « Cependant, non pas ma volonté, mais que ta Volonté se fasse, Seigneur ! » Au travers de l’attentat, Jean-Paul II a perçu plus profondément encore la valeur du sacrifice et le message de Fatima.
Il m’a demandé de lui apporter tout ce qui avait été écrit sur Fatima. J’avais en polonais un bon nombre de ces textes. Il a tout lu avec une grande attention. Il lui est apparu clairement qu’il était le pape dont parlait la Sainte Vierge à Fatima et qu’il lui fallait réaliser ce dont la Vierge Marie le chargeait. En quittant l’hôpital, il me dit : « J’ai compris à présent que le seul moyen de sauver le monde de l’autodestruction et de l’athéisme militant, est la conversion de la Russie selon le message de Fatima. »
Après son hospitalisation, j’ai remis au Saint Père une statue de Notre Dame de Fatima que j’avais reçue en cadeau de la part de pèlerins allemands. Il la couronna et l’embrassa en prononçant TOTUS TUUS. Je lui dis alors : « C’est sous votre pontificat que doit se faire la conversion de la Russie. » Le Saint Père resta un long moment en silence et en prière devant la statue. Puis il me demanda : « Comment faire pour cela ? » Je lui dis : « La Providence Divine vous a choisi pour, en union avec tous les évêques, consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Il en dépend la paix dans le monde car la conversion de la Russie, c’est la victoire sur Satan. »
À quelque temps de là, le Saint Père fit porter la statue en Pologne et construire une petite chapelle à la frontière d’où la Sainte Vierge regarde jusqu’à aujourd’hui en direction de la Russie.

On en vint finalement au 25 mars 1984. Jean-Paul II pria avec de nombreux évêques présents la consécration sur la place Saint Pierre. Nous pouvons en voir les fruits : Aujourd’hui, des missionnaires peuvent aller en Russie et répandre l’Évangile dans les pays de l’ex-Union Soviétique. Si nous faisons ce que demande la Sainte Vierge, nous pouvons voir comme à Cana le miracle que Dieu opère.
J’ai eu ce jour-là la grande grâce de prier cette consécration en secret au Kremlin à Moscou. Sous le couvert d’un journal, j’y ai même célébré la Sainte Messe en union avec le Saint Père. C’était un jour tout particulier dans ma vie. J’essayais depuis 30 ans d’aller en Russie mais ce n’était jamais possible. Le 25 mars, c’est la Providence qui m’a conduit à Moscou. J’avais rendu visite à Mère Teresa, avec qui je collaborais depuis plus de 20 ans, dans sa station missionnaire de Calcutta. Pour mon retour, elle avait obtenu un visa pour Moscou. Comme j’avais fui de la Slovaquie, il était très risqué pour moi de me rendre dans les pays de l’Est. La personne qui m’accompagnait me dit à la frontière : « Alors, il est prévu qu’on soit pour quatre jours à Moscou ? En retour, on restera peut-être quatorze ans en Sibérie ! » À la frontière, il nous a fallu vraiment attendre pendant des heures jusqu’à ce qu’on ait examiné nos passeports. J’avais prié tout le psautier quand nous avons pu passer la frontière. On peut dire que ce jour-là, le Rosaire a été la clé qui m’a ouvert la porte de Moscou.

Quand j’ai raconté au Saint Père mon aventure à Moscou, il en a eu les larmes aux yeux. Il me dit : « C’est vraiment un signe pour moi, Paul. Car de nombreux cardinaux, évêques et théologiens étaient opposés à cette consécration de la Russie au Cœur de Marie. Mais Dieu a envoyé un évêque catholique à Moscou pour y faire sur place la consécration. Ce jour-là, la Sainte Vierge t’a conduit par la main. » Je lui ai répondu : « Non, Très Saint Père, elle ne m’a pas conduit, elle m’a porté dans ses bras. »

Le pape Jean-Paul II est le pape de Fatima. Il a consacré à la Sainte Vierge non seulement lui-même et le monde entier mais aussi il a fait de la prière et du sacrifice de substitution le centre de son pontificat. Quand j’ai rencontré sœur Lucie pour la première fois, je lui ai demandé quel était le point central du message de Fatima. Elle me répondit sans hésiter : « Excellence, la première chose que la Sainte Vierge nous a demandé, c’était : ‘Êtes-vous prêts à accepter chaque croix et chaque souffrance que le Seigneur vous envoie et à les offrir pour la conversion des pécheurs ?’ » Nous sommes à une époque mariale dans laquelle Marie intervient dans l’histoire de l’humanité comme encore jamais auparavant. Elle s’adresse aujourd’hui à nous, aux membres sains du Corps mystique pour qu’au nom des autres, nous exercions notre foi, notre espérance et notre charité.

Nombreux sont ceux, même parmi ses proches collaborateurs, qui en voyant la souffrance gagner le Saint Père au cours des années, se demandaient d’où il prenait la force de ne pas démissionner et de transmettre même à d’autres dans leur souffrance le courage et l’espérance. Lui-même nous en a donné la réponse : « En face de Marie, Mère de l’Église, je renouvelle ma donation : Totus tuus ! Qu’elle veuille bien m’aider à accomplir à chaque instant de ma vie la sainte Volonté de Dieu » (28 février 2005). Même à son réveil de l’anesthésie, après avoir subi une trachéotomie, il écrivit sur un bout de papier : « Ma che mi hanno fatto ? Comunque io sono sempre totus tuus. Mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? De toute façon, je suis toujours totus tuus, tout à toi, Marie.»
Tel était le secret de sa vie. Tel est l’exemple qu’il a donné à l’Église, ce dont elle a tellement besoin aujourd’hui, Marie. Ici, à Amsterdam, la Dame de tous les Peuples dit : « Une Église et un peuple sans mère est comme un corps sans âme » (31 mai 1965).

En deuxième lieu, c’est la Miséricorde Divine qui fut au centre de l’annonce que fit Jean-Paul II en paroles et en actes. Juste après son élection, on m’a demandé : « Quels vont être à votre avis, les idées force de ce pape ? » Je répondis à ce journaliste : « La dignité humaine et les droits de l’homme. » Partout où il est allé, il a montré sa disponibilité à la réconciliation et sa compréhension.

Le 17 août 2002, il exhortait les pèlerins au sanctuaire de la Divine Miséricorde de Cracovie-Lagiewniki en ces termes : « Soyez des témoins de la Miséricorde ! » Et il eut ces paroles prophétiques : « C’est seulement dans la Miséricorde de Dieu que le monde trouvera la paix et l’homme le bonheur » (17 août 2002).

Lui-même a béatifié et canonisé sœur Faustyna Kowalska, la grande messagère de la Miséricorde et il a institué la fête de la Miséricorde au premier dimanche après Pâques pour toute l’Église. N’est-il pas significatif que le Seigneur l’ait rappelé à lui justement en la vigile de cette grande fête ?
Dans sa dernière homélie que le Saint Père avait préparée pour le dimanche de la Miséricorde de cette année, il nous a laissé en héritage les paroles suivantes : « À l’humanité qui telle qu’elle est, semble perdue et dominée par la puissance du mal, de l’égoïsme et de la peur, le Seigneur ressuscité fait le don de son amour qui pardonne, réconcilie et ouvre à nouveau l’âme à l’espérance. C’est un amour qui convertit les cœurs et donne la paix. Comme le monde a besoin de comprendre et d’accueillir la Divine Miséricorde ! »

Le pape Jean-Paul II fut le plus grand apôtre de la Miséricorde dans notre temps. Par ses derniers mots, il nous laisse pénétrer à l’intérieur de lui-même en nous invitant à prier avec lui : « Seigneur, … nous croyons en toi et nous voulons te dire à nouveau aujourd’hui en pleine confiance : Jésus, j’ai confiance en toi, aie pitié de nous et du monde entier » (extrait du texte pour le dimanche de la Miséricorde 2005).

Telle est donc la bannière que nous laisse Jean-Paul II. D’un côté, il y a les mots : totus tuus, je suis tout à toi, Marie, et de l’autre : Jésus, j’ai confiance en toi ! Nous pourrions dire aussi : le Cœur de Marie et le Cœur de Jésus.
Le pape Benoît XVI, un vrai ami et un confident intime de Jean-Paul II veut le premier porter cette bannière. Aidons-le par notre prière et notre fidélité. Sous cette bannière, nous remporterons la victoire.
Remercions Dieu et chantons le Te Deum pour le grand cadeau qui nous a été fait en son successeur. Le Seigneur nous a donné l’homme qu’il fallait à la place qu’il fallait au moment qu’il fallait. Amen.

Imprimer la page




Navigation