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Conférence de P. Paul Maria Sigl - Détails
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« La charité, voie de l’unité et de la paix,
voie que nous montre Notre Mère »

Conférence de
P. Paul Maria Sigl
père spirituel de la communauté 'Famille de Marie'


7ème Journée Internationale de Prière à Amsterdam
6 - 8 mai 2005

Excellences,
Chers confrères dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs dans la vie consacrée,
Chers pèlerins et amis de la Mère de tous les Peuples !

Est-ce que nous ne ressentons pas tous ici en cette Journée mariale de prière, que l’amour de Dieu est répandu sur nous tous et qu’il nous unit pour former une même famille ?

Est-ce que nous ne ressentons pas tous ici en cette Journée mariale de prière, que l’amour de Dieu est répandu sur nous tous et qu’il nous unit pour former une même famille ?
Pour notre joie à tous, sont venus se joindre à nous, en cette après-midi, également nos frères dans la foi, protestants et orthodoxes, et aussi des juifs, des musulmans et même des bouddhistes et des hindous.
Tous sont venus jusqu’ici, jusqu’à la Mère de tous les Peuples qui les accueille avec amour les bras ouverts et qui les embrasse comme il se doit d’une mère. C’est elle à vrai dire qui reçoit et qui nous adresse à tous sans exception cette invitation : « Qui et quoi que vous soyez, venez à la Dame de tous les Peuples ! » (6 avril 1952). « Qui et quoi que vous soyez, j’ai la faveur d’être pour vous la Mère, la Dame de tous les Peuples. » (31 mai 1954)
En union à cette Mère qui fait les honneurs de sa maison, nous aussi, catholiques, nous désirons de tout notre cœur vous souhaiter la bienvenue. C’est bien la première fois que nous avons invité intentionnellement des frères et des sœurs d’autres confessions à se réunir ici autour de cette image. Nous répondons ainsi au désir explicite de la Mère de tous les Peuples et nous voyons se réaliser quelque peu ce que dans une vision, Ida Peerdeman, la voyante, décrivait. Elle a vu la Sainte Vierge porter son regard vers le lointain comme si elle recherchait quelqu’un :
« C’est comme si elle voulait vraiment les attirer tous à elle, ceux qui appartiennent à notre église, ceux qui n’appartiennent pas à notre église et même ceux qui n’appartiennent à aucune église. » (31 mai 1954)
Quand, dans quelques instants, un pasteur protestant, Herman de Vries, va nous parler, ou bien P. Peter Fadi Esber, légat du Patriarcat grec orthodoxe de Syrie, quand nous verrons un extrait du film « Marie et l’Islam » tourné par le metteur en scène Mohamed el Fers ou que nous entendrons Rasamée, une bouddhiste de Thaïlande, il ne doit pas y avoir de malentendu comme si l’on faisait une confusion entre les différentes confessions, comme si la foi que nous confessons nous était indifférente. En aucun cas !
Chacun d’eux va bien plus témoigner de son amour personnel envers Marie, qu’il l’aime comme sa propre mère. Nous serons nous-mêmes tous saisis de joie et d’une profonde reconnaissance en entendant avec quelle tendresse la Sainte Vierge fait éprouver son amour et sa conduite maternelle à des protestants aussi ; comment elle protège et console des hindous et des bouddhistes et guérit de même des musulmans. Comment pourrait-il en être différemment ? Elle est bien la Mère, la Mère de tous les Peuples.
En considérant un tel amour maternel aux dimensions universelles illimitées, un amour qui embrasse tous les hommes, nous prendrons chacun clairement conscience de la nécessité d’approfondir plus encore notre amour pour Dieu, de dilater plus encore notre cœur dans l’amour du prochain.

Murs et abîmes

On ne peut nier que les peuples de la terre sont séparés les uns des autres par des murs et des abîmes à cause des torts et des souffrances démesurées que nous nous sommes causés mutuellement au cours des siècles jusqu’à aujourd’hui. Des soldats prisonniers en Asie implorent la grâce de ne pas être fusillés !
Il y a 50 ans, la Sainte Vierge élevait ici à Amsterdam une plainte remplie de pitié :
« Regarde donc tous ces pays ! Il n’y a nulle part d’unité, nulle part de paix, nulle part de calme pour les peuples ! Partout de la tension, de la peur ! » (15 juin 1952)
On aspire tous à l’amour, à la vérité, à la justice et à la paix.
Mais la corruption, l’exploitation et l’oppression de millions d’innocents, des guerres sanglantes, des génocides, la terreur et les actes de vengeance ont creusé des abîmes de haine qu’il semble impossible de combler. Ces crimes ont profondément blessé les fidèles de toutes les religions dans leur sentiment religieux aussi et ceci à l’échelon mondial !
Je vous demande : Qui peut faire tomber ces barrières et combler ces abîmes ? Dieu seul en est capable ! Mais en ce temps d’épreuves, il nous envoie sa Mère et sa Mère nous rappelle le premier et le plus grand commandement que tout le monde peut mettre en pratique dans sa vie, même ceux qui n’appartiennent à aucune communauté de foi. Elle dit elle-même à ce propos : « Les hommes doivent observer entre eux le premier et le principal commandement. Parce que le monde aspire à l’unité en tout ce qui est de son domaine, le Seigneur et Maître veut apporter l’unité spirituelle aux peuples de ce monde. C’est pourquoi, Il envoie Myriam ou Marie en tant que Dame de tous les Peuples. » (20 septembre 1951) C’est donc la vocation de la Mère de rétablir l’unité brisée. Mais comment ? Par l’humble amour.

Réconciliation par une humble demande de pardon

Quand on regarde l’image de la Dame, on est tout de suite frappé de voir que notre Mère ouvre grand ses bras dans un geste qui veut embrasser et combler tous les hommes. Il n’y a personne qui ne soit exclu de son amour. La lumière qui jaillit de la Croix et les rayons qui se dégagent de ses mains tombent sur tous les hommes de tous les peuples, de toute tribu et de toute race, quelle que soit son appartenance religieuse. C’est par cette bonté maternelle envers tous qu’elle nous indique une voie que nous aussi, nous pouvons suivre à son imitation, celle de l’amour.
Cet amour exige que là où l’unité a été brisée, celui qui aime fasse le premier pas de la réconciliation. Le vrai amour vit en profondeur du pardon.
Celui qui nous a donné un exemple unique dans sa façon, visible à tous, de suivre ce chemin de réconciliation, fut notre pape Jean-Paul II, un pape profondément marial. Son amour pour la Sainte Vierge lui a permis de faire exactement, ce qu’elle-même avait fait.
Comme aucun autre pape du passé, il est allé en premier au-devant des frères séparés dans la foi et leur a tendu la main d’un geste de réconciliation en demandant humblement le pardon. C’est de cette manière-là qu’il a suivi la voie de l’unité et de la paix telle que nous l’a montrée notre Mère.
Notre Saint Père actuel, le pape Benoît XVI a dit dès le premier jour de son pontificat qu’il désirait être assidu à poursuivre cette voie.
En un jour de prière pour l’unité comme aujourd’hui, l’action pastorale de Jean-Paul II est tout à fait propre à nous montrer comment un chrétien peut engager un dialogue amical avec d’autres croyants et prier avec eux sans rien céder de sa propre foi.
C’est pourquoi, nous allons reprendre quelques moments décisifs de sa vie où on le voit agir en tant que pasteur et jeter des ponts spirituels en donnant à tous sans acception de personne, qu’ils soient croyants ou incroyants, l’amour miséricordieux et réconciliateur de Dieu.

L’attentat

Le 13 mai 1981, on été tirés sur la place Saint Pierre, les coups qui auraient dû tuer le pape polonais. Jean-Paul II savait que c’est à Marie qu’il a dû d’être sauvé.
Quand 70 jours après l’attentat, Ali Agca fut condamné à la prison à vie, le pape eut à cœur de rendre visite au prisonnier qui avait attenté à sa vie. Quand il franchit le seuil de sa cellule, Ali Agca s’empressa de prendre sa main pour la baiser. Nous connaissons tous cette photo devenue célèbre où l’on voit les deux hommes s’entretenir en tête à tête en italien pendant 20 minutes comme deux amis. À la fin, ils se sont donné l’accolade et Ali Agca s’est agenouillé pour baiser une fois encore la main du Saint Père qui plus tard dit à un journaliste : « J’ai parlé avec lui comme on parle avec un frère à qui j’ai pardonné et qui a toute ma confiance ; »
Ce qui est peut-être moins connu mais n’en est pas moins émouvant, c’est qu’après l’attentat, la mère d’Ali Agca avait déjà écrit une lettre au Saint Père. Vous en voyez là la traduction italienne avec la signature de cette maman turque.
« Cher Pape Carol Wojtyla, c’est une vieille femme qui s’adresse à vous pour vous demander pardon. Une vieille femme qui porte en son cœur la douleur de retrouver d’une façon pire encore son fils perdu dans la foi puisque j’ai appris qu’il a voulu vous tuer. Son cœur à elle est grand même si je ne suis qu’une pauvre paysanne. Cependant je vous demande pardon pour ce que mon fils, Mehmet Ali Agca vous a fait. Je vous demande pardon pour lui et pour tous ceux qui sont dominés par le mal et qui de ce fait ont besoin de l’aide des hommes et de l’aide de Dieu. »
Quelle humilité dans cette maman musulmane qui au nom de son fils, fait le premier pas dans la réconciliation. Après avoir lu cette lettre, Jean-Paul II lui a aussitôt répondu en l’invitant au Vatican. Pour sceller officiellement la réconciliation, il l’embrassa et lui donna un baiser. Vous voyez comme l’unité se fait immanquablement à partir du pardon donné dans l’amour.

C’est Dieu qui doit guérir les blessures

Notre pape défunt a exercé cet humble amour à une plus grande échelle encore, dans la lutte douloureuse qu’il a menée pour la réconciliation avec les églises séparées. En voici un bel exemple :
Il y a quatre ans (du 4 au 9 mai 2001), il voulait se rendre en visite en Grèce. Selon les propres termes du porte-parole du Vatican, Navarro Valls, on considérait ce voyage, même peu de jours avant, comme « tout à fait impensable ». Il est vrai que les églises d’Orient et d’Occident sont séparées depuis presque 1000 ans et qu’en Grèce, 99% de la population est orthodoxe. Les moines du Mont Athos ont même appelé à un redoublement de prière pour empêcher la venue du pape.
Le voyage cependant s’est organisé. Dès les premiers mots, dans son discours de bienvenue, le primat de l’église orthodoxe d’Athènes, Christodoulos, souligna que personne n’avait encore jusqu’à aujourd’hui demandé pardon. A ces mots, le pape prit la parole et dit en toute sincérité :« Nous demandons au Seigneur de nous pardonner pour tous les péchés que les fils et les filles de l’église catholique ont commis dans le passé et le présent dans leurs rapports avec les frères et sœurs orthodoxes… Nous demandons à Dieu… de guérir les blessures qui font toujours souffrir l’esprit du peuple grec. » Jean-Paul II a prononcé ces mots de pardon dans une telle humilité que la glace s’est mise à fondre. On a assisté alors à une chose tout à fait inattendue, comme un petit miracle : Bien que le souhait ait été explicitement exprimé de la part des officiels qu’il n’y ait en aucun cas une prière en commun lors de la rencontre des deux chefs d’église, le Saint Père demanda spontanément : « Pourquoi ne pourrions-nous pas prier ensemble le Notre Père ? » Le primat orthodoxe entonna la prière d’une voix forte suivi de tous ceux qui étaient présents. « …Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » C’était sans aucun doute le point culminant de cette rencontre. Le soir même, le Primat Christodoulos dit : « Ce fut un jour historique, inoubliable. »
Cet exemple n’est-il pas tout à fait adapté à notre Journée de Prière d’aujourd’hui ? Le fruit de cette humble demande de pardon fut la prière commune. Mais le fruit de la prière faite en commun sera un jour l’unité escomptée. Le pape et le primat avaient fait exactement ce que la Dame de tous les Peuples dit dans les messages : « Soutenez-vous et aidez-vous mutuellement ! » (6 avril 1952) « Cherchez à vous entendre ! Si les apôtres ont des avis partagés, comment est-ce que les peuples pourront être unis ? » (15 juin 1952).

Syrie

Le Saint Père poursuivit son voyage de Grèce en Syrie. Il y rencontra des dignitaires et des milliers de jeunes appartenant à l’église syrienne, arménienne, chaldéenne, grecque, latine et maronite. Le patriarche grec catholique Grégoire III Laham reçut le Saint Père sur un ton si chaleureux et demanda avec une telle flamme à tous ceux qui étaient présents, d’oublier les divisions et d’apprendre à vivre l’unité que les applaudissements n’en finissaient pas. Le Saint Père serra alors si fort le Patriarche dans ses bras que celui-ci dit : « Jamais le Saint Père n’avait encore montré autant de cordialité en m’embrassant. »
Lors de sa visite à Damas, Jean-Paul II fit une chose encore jamais vue : Pour la première fois dans l’histoire, il entra dans une mosquée en signe de sa promptitude à la réconciliation avec l’Islam.
Une intense rencontre avec les croyants musulmans avait déjà eu lieu une fois. C’était en 1995 au Maroc, dans un stade qui était comble, rempli par 50 000 jeunes venus du Maroc et des différents pays arabes. Jamais un pape n’avait encore rencontré de jeunes islamistes. C’était de même la première fois qu’un descendant direct de Mahomet, tel que le roi Hassan II du Maroc, présentait aux jeunes musulmans le représentant du Christ. Le pape avait salué les jeunes par la formule de paix « Assalamu ‘alaikum ! ». Ils lui répondirent par de frénétiques applaudissements.
Voilà le pape à présent dans la mosquée des Omeyyades de Damas, qui après celle de La Mecque, de Médine et de Jérusalem est le lieu de prière le plus important des musulmans, là où l’on vénère la tombe de Jean-Baptiste.
Le grand mufti Ahmed Kuftoro salua par ces mots son hôte venu de Rome dans la cour intérieure de cette gigantesque mosquée : « C’est pour nous, musulmans, un moment historique. Nous nous sentons profondément honorés puisque vous êtes le premier pape de l’histoire à entrer dans une mosquée. » Et il embrassa Jean-Paul II.
On avait l’impression de voir les retrouvailles de deux vieux amis après un temps de séparation, tellement il y avait d’ouverture et de cordialité pleine de respect dans cette rencontre. Comme il l’avait déjà fait une fois, le Saint Père s’exclama : « Assalamu ‘alaikum ! La paix soit avec vous ! » et pria pour une réconciliation mutuelle : « Là où les musulmans et les chrétiens ont froissé leur sensibilité, il nous faut en demander pardon au Très-Haut et se faire l’un à l’autre l’offre du pardon. »
Quand des milliers de musulmans s’agenouillèrent sur des tapis pour prier, le Saint Père lui aussi ferma les yeux et pria.

Est-ce qu’une cohabitation pacifique est possible ?

Je pense que nous devrions tirer des leçons de cette rencontre, particulièrement en Europe où nous en sommes venus à cohabiter avec des millions de ressortissants de pays et de peuples musulmans. En Allemagne seulement, on a construit dans les 30 dernières années, plus de 2000 mosquées. Ce n’est pas surprenant quand on sait que vivent en Allemagne plus de trois millions de musulmans. On a publié récemment aux Pays-Bas une étude qui prévoit dans les 8 années à venir une majorité musulmane dans les six plus grandes villes des Pays-Bas. Je vous demande : Est-ce que nous réussirons nous-mêmes et nos enfants à cohabiter pacifiquement avec nos frères et sœurs musulmans ? Le dialogue en tout cas est incontournable. Il nous dépasse cependant des deux côtés et ne réussira qu’à la condition d’être profondément marqué par le respect mutuel et l’humble amour. Mais ce respect mutuel et cet amour est un DON que Dieu veut nous faire par Marie, la Mère. C’est elle la Mère de l’unité. Par sa seule présence discrète elle rassemble en prière les peuples.
Pour l’illustrer, je désire vous parler de l’apparition mariale de Zeitoun en Egypte qui a été reconnue par l’Eglise. C’est un bel exemple unique qui montre qu’il est possible à toutes les races, à tous les peuples et toutes les religions de cohabiter pacifiquement si l’amour pour Marie, notre Mère à tous nous unit.

Zeitoun – Première reconnaissance œcuménique d’une apparition mariale

L’apparition a eu lieu dans les années 1968/69 au Caire. Plusieurs fois apparut devant la croix dressée au-dessus de la coupole de l’église mariale copte une forme féminine toute blanche revêtue d’une vive lumière, la tête entourée d’un halo de lumière. Des centaines de milliers de chrétiens copte et grec orthodoxes ainsi que des juifs, des musulmans et même des incroyants ont afflué vers le lieu d’apparition. Des milliers de malades de toutes confessions ont été guéris même là où la maladie passait pour être incurable. Certaines apparitions ont duré jusqu’à huit heures. Elles se firent exactement au plus fort du conflit militaire qui opposait les pays arabes à Israël, menaçant de déclencher une troisième guerre mondiale. De façon marquante, LA DAME se déplaçait sans mot dire, allant et venant continuellement de l’Est à l’Ouest et bénissant de sa main levée.
De tous les témoins qui ont été interrogés, c’est un pasteur protestant qui a montré le plus grand enthousiasme et donné la plus grande certitude qui réfute tous les doutes : « Ce ne sont pas des ombres que j’ai vues. Des centaines de milliers de gens étaient venus des villages et des villes. Tous, même les musulmans, étendaient leurs draps et leurs tapis dans la rue et chantaient des hymnes en l’honneur de la Vierge. Prier ensemble, nous ne l’avions encore jamais fait, du moins publiquement. »
Les autorités ecclésiales du Caire déclarèrent à l’unanimité que ces apparitions étaient authentiques. C’était la première fois dans l’histoire des églises séparées qu’on en venait à une reconnaissance oecuménique d’une apparition mariale. Tous en avaient été les témoins oculaires et étaient convaincus de son authenticité ; le patriarche copte, le cardinal catholique romain, le guide des chrétiens évangéliques d’Egypte et le chef de la communauté grecque orthodoxe, le président musulman et même le gouvernement égyptien.
L’effet en fut frappant puisqu’on vit naître un nouveau et fort mouvement de ferveur accompagné d’une compréhension mutuelle entre les races et les confessions qui en Egypte étaient dans le passé souvent hostiles les unes aux autres.

Vraie fraternité avec le peuple de l’ancienne Alliance

Le judaïsme est la religion dont la chrétienté est restée le plus longtemps éloignée. Pendant l’année sainte 2000, le pape Jean-Paul II s’est rendu en Terre Sainte. Près du mémorial de l’holocauste, à Jérusalem, le Yad Vashem, il a demandé pardon à tout le peuple juif et l’a assuré que l’église catholique était profondément triste de la haine et des écarts d’antisémitisme que les chrétiens avaient pu montrer vis-à-vis des juifs à quelque époque et en quelque lieu que ce fût. Ses paroles ont fait couler les larmes de bien des juifs. Puis, il supplia : « Bâtissons un nouvel avenir où il n’y aura plus de la part des chrétiens de sentiments anti-juifs ni de mentalité anti-chrétienne de la part des juifs vis-à-vis des chrétiens. » Ces paroles ont été diffusées dans le monde entier.
Trois jours plus tard, le pape se trouvait devant le mur des lamentations, le sanctuaire juif le plus important. Il n’aurait pas pu exprimer de façon plus éloquente sa demande de pardon. Lentement et en s’inclinant humblement, il se dirigea vers le mur des lamentations et y déposa dans une niche sa demande écrite de pardon.

Celui-là a le plus grand amour qui donne sa vie

Le thème de cette Journée de Prière est : « Vivre l’amour jusqu’à l’extrême. » Cela veut dire que l’amour doit en venir à un ACTE visible d’amour du prochain. Jetons encore un regard sur le mémorial du sacrifice de l’holocauste à Jérusalem où ceci y apparaît particulièrement. La soi-disant « Allée des Justes » conduit en effet à ce monument. C’est une allée bordée de 6000 arbres qui rappellent les 6000 non juifs qui pendant la Seconde Guerre Mondiale ont vécu l’amour jusqu’à l’extrême pour sauver des juifs. L’un des plus connus est le diplomate suédois Raoul Wallenberg qui durant son mandat d’ambassadeur de Suède en Hongrie a sauvé 13 000 juifs hongrois de la déportation par les nazis.
La hollandaise Corrie ten Boom de Haarlem a agi de même avec l’aide de sa sœur Betsie et de son père Casper ten Boom. Cette famille protestante d’une foi profonde était connue pour avoir toujours la porte ouverte à tous quand on avait besoin d’aide, indépendamment de son appartenance religieuse. Au péril de leur vie, ils ont caché chez eux des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale et ont pu ainsi sauver des centaines de vies humaines. Le père de famille de 84 ans fut dénoncé et incarcéré. Il mourut dix jours plus tard en prison où il confia à un détenu : « Si je suis libéré demain, je continuerai après-demain à aider les juifs et tous ceux qui sont sans abri. »

Mère Teresa – Un chacun est mon prochain

Le bien que de façon héroïque la famille protestante ten Boom a fait aux juifs et aux indigents des Pays-Bas, Mère Teresa en a témoigné de manière semblable vis-à-vis des hindous bouddhistes et des musulmans de l’Inde et l’a porté à l’échelon mondial à son plein épanouissement parmi les plus pauvres des pauvres.
Elle était profondément marquée dans son cœur de chrétienne par les paroles de Jésus : « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » C’est pourquoi Mère Teresa ne se lassait jamais de répéter : « Je reconnais Dieu en chaque être humain. Quand je soigne les plaies d’un lépreux, il me semble soigner le Seigneur lui-même. » Nous comprenons à présent pourquoi est écrit en grandes lettres sur le mur du mouroir à Calcutta, là où l’on prend soin des malades en phase terminale et des mourants : « Body of Christ », « Corps du Christ. »
La forme la plus terrible de pauvreté était pour Mère Teresa le manque d’amour. Elle était convaincue en effet que celui qui est plein d’amour conduit les autres à Dieu, et cela, sans paroles. Elle dit elle-même comme c’est vrai : « Un jour, un homme est venu au mouroir au moment où j’y étais. Après être resté un long moment parmi les mourants, il vint me voir et me dit : ‘Quand je suis entré ici, j’avais le cœur plein de haine contre Dieu et le hommes. Mais quand j’ai vu les sœurs, la délicatesse avec laquelle elles prodiguaient des soins aux malades et se dévouaient à leur service, j’ai compris que Dieu nous aime ! J’en suis tout changé. Je crois à nouveau maintenant que Dieu nous aime ! »
L’humble amour qui se met au service des autres, transforme tôt ou tard tout homme pour faire de lui un cœur aimant. Laissons Mère Teresa elle-même nous le dire :
« On m’a demandé un jour de rendre visite à une famille hindoue de 8 enfants qui n’avait rien à manger. J’ai pris un peu de riz et j’y suis allée. En entrant dans la maison, j’ai bien vu à l’éclat qui brillait dans les yeux des enfants qu’ils souffraient de la faim. J’ai donné le riz à la mère qui en fit aussitôt deux parts et sortit. ‘Les autres aussi ont faim’, dit-elle. Elle faisait allusion à son voisin. Ce qui m’a le plus impressionnée, ce n’était pas d’avoir fait deux parts de riz mais qu’elle ait su que le voisin avait faim. Je ne lui ai pas apporté d’autre riz ce soir-là mais seulement le lendemain matin car elle devait pouvoir goûter la joie d’avoir partagé, d’avoir aimé. Le véritable amour coûte aussi des sacrifices. Cette mère de famille était hindoue et son voisin musulman. C’était très émouvant pour moi. »

Vous voyez, chers amis, l’amour maternel d’une missionnaire chrétienne s’est communiqué à une mère de famille hindoue, la poussant à faire du bien à une famille musulmane et à partager avec elle. Cet exemple montre bien que chacun de nous peut à l’endroit où il se trouve témoigner son amour au prochain sans faire acception de personne.
Oui, il faudrait qu’on puisse lire l’Evangile de l’amour pas seulement dans l’Ecriture mais aussi dans notre vie. C’est ce qu’expliquait un jour notre sainte de Calcutta à un journaliste européen, d’une façon bien expressive.

Une goutte d’eau pure

Après avoir reçu le prix Nobel de la paix à Rome, elle était attendue par de nombreux journalistes. Elle mit une médaille miraculeuse dans la main de chacun d’eux. C’était typique d’elle. Elle voulait simplement donner Marie à tout le monde sans demander son identité religieuse. Elle répondait en même temps aux questions des journalistes. L’un d’eux se fit provoquant : « Mère, vous avez 70 ans. Quand vous allez mourir, le monde ne sera pas différent d’avant. Qu’est-ce qui aura changé, après que vous vous serez donné tant de peine ? Accordez-vous donc du repos. Il ne vaut pas la peine de se dépenser autant. » Il y eût aussitôt le silence et tout le monde attendait avec suspens la réponse de cette petite et pourtant si grande femme. Elle sourit et dit : « Voyez-vous, je n’ai jamais pensé pouvoir changer le monde. Je n’ai voulu qu’une chose : être une goutte d’eau pure dans laquelle Dieu puisse se refléter. Est-ce que cela vous paraît trop peu ? »
Le journaliste dans sa perplexité ne sut que répondre. Mère Teresa dit alors : « Faites donc un effort vous aussi, pour être ainsi une goutte d’eau pure, alors nous serons deux. » « Etes-vous marié ? » « Oui, Mère. » « Bien, alors, dîtes-le à votre femme et nous serons trois. » « Avez-vous des enfants ? » « Oui, Mère, trois. » « Bien, dîtes-le donc aussi à vos enfants et nous serons déjà six. »
Chers amis, ces mots de Mère Teresa s’adressent aussi à nous. Ils nous encouragent. Car tout homme porte en lui une certaine mesure d’amour par laquelle il peut contribuer de façon irremplaçable à réformer son milieu.
Mère Teresa était profondément convaincue qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui aime tous ses enfants. C’est pourquoi, nous devons considérer tous les hommes à égalité devant Dieu.
C’est dans cette lumière qu’elle voyait aussi les communistes non croyants. Un agent secret du régime lui demanda un jour en Chine : « Pour vous, qu’est-ce qu’un communiste ? » Sans hésiter, elle dit : « Un enfant de Dieu. » Le lendemain matin, les journaux rapportèrent que Mère Teresa avaient dit que les communistes étaient des enfants de Dieu. Elle s’en réjouit bien sûr car c’était la première fois depuis bien longtemps qu’on pouvait lire le nom de Dieu dans les journaux chinois.
Il est par-dessus tout impressionnant de voir qu’aux funérailles de Mère Teresa, étaient réunis des dizaines de milliers de personnes de différentes confessions et couches sociales, races et nations, pauvres et riches, tous unis en UN SEUL CŒUR pour prier. Cette sainte femme avait donné son amour à tous. Tous l’ont ressenti et c’est pourquoi, ils pouvaient tous prier ensemble.
Si l’amour de Mère Teresa a pu obtenir une telle chose, combien plus l’amour maternel de Marie à qui sont confiés tous les peuples !

Œcuménisme marial – la voie que Dieu nous donne de l’unité et de la paix

Pour finir, regardons une fois encore l’image de la Dame au milieu de nous. Elle nous donne une représentation plastique de cet amour maternel universel. Marie se tient comme Mère sur le globe terrestre et de ses mains mystiquement transpercées, des rayons tombent sur les brebis, sur tous les peuples et toutes les races. La voyante Ida, qui aurait fêté aujourd’hui son 100ème anniversaire, a souvent vu cela dans ses visions. Elle dit un jour : « Je vois une foule de gens différents, même des types humains dont je ne connaissais pas l’existence. » (1er avril 1951) La Mère de tous les Peuples, en effet, n’est pas destinée à un seul pays mais à tous les peuples. Elle est la mère des catholiques sur lequel elle étend son manteau protecteur. Mais pas seulement ! Sur l’image qu’elle a donnée à Amsterdam, elle répand ses rayons, étend son manteau de grâces sur tous ses enfants, même sur ceux qui ne la connaissent même pas encore. La Sainte Vierge aime chacun de ses enfants comme s’il était le seul et unique objet de son attention !
Il nous faut demander pour nous tous ici un amour de ce type, de cette universalité car nous ne l’avons pas par nous-mêmes. C’est pourquoi la Mère a donné au monde sa prière : « …afin que l’Esprit Saint, l’Amour habite les cœurs de tous les peuples ! »
Est-ce que cela ne correspond pas également à l’esprit œcuménique de notre Saint Père, le pape Benoît XVI avec qui je désire terminer ? Dès les premières heures de son élection, il s’adressa sur la place Saint Pierre aux croyants des autres confessions : « J’adresse avec affection mes salutations également à tous les baptisés… qui ne sont pas encore en pleine communion avec nous, ainsi qu’à vous, mes frères du peuple juif avec qui nous sommes liés par un grand patrimoine spirituel que nous avons en commun. Enfin mes pensées se tournent, comme par une vague qui se déploie, vers tous les hommes de notre temps, tous les croyants et non croyants. »

Merci !

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