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APOSTOLAT ET L’ENTRÉE DANS LA VIE
Biographie de P. Paul Maria Sigl, 2005
troisième partie
IDA EN FAMILLE
| Dans les années mouvementées
des apparitions, la famille Peerdeman soude ses liens. Les faits surnaturels
qui se produisent autour de la personne de la voyante, ne restent pas
entièrement cachés, d’autant moins que deux apparitions
ont lieu en public, dans l’église de Saint-Thomas. Les autorités
de l’Église montrent de la réserve face à tout
ce qui sort des sentiers battus ; elles font comprendre qu’elles
ne souhaitent aucune divulgation de ces visions. C’est aller dans
le sens d’Ida qui est entièrement opposée à
toute forme de culte de la personnalité. Elle se considère
comme un simple instrument, ni plus ni moins, ainsi que la Dame le lui
a dit.
Dans sa discrétion, elle n’hésite pas à repousser
énergiquement une personne qui, pour exprimer son admiration et
son respect, lui effleure le bras d’une caresse. Ida s’en
expliquera par la suite avec cette personne et toutes deux resteront très
proches. Ida trouve un grand soutien dans son directeur spirituel et dans
le cadre protégé de la vie de famille. Si on la voit souffrir
et pleurer, on souffre et pleure avec elle. Il y a aussi des moments de
joie sereine en famille. Comme tout le monde aime la musique, on en joue
et on chante ensemble ; à Noël, on organise de véritables
petits concerts. Ida joue bien du violon, fait un peu de peinture et de
la broderie.
Tout en ayant des expériences surnaturelles,
Ida reste très naturelle. Elle est très féminine,
aime s’habiller à la mode, a le sens du beau et, sans sortir
de sa modestie, aime porter des bijoux. Dans le cercle familial, elle
évoque avec enthousiasme le souvenir de vacances passées
au Tyrol, dans les Dolomites, en Bavière ou en Suisse. D’un
cœur généreux, elle aime bien faire des surprises aux
autres en leur offrant de petits cadeaux qu’elle choisit avec soin
et elle ne manque jamais d’envoyer une jolie carte postale à
son neveu et à ses nièces, quand elle s’absente, ne
serait-ce que pour deux ou trois jours. Elle mène donc une vie
simple et modeste qui, vue de l’extérieur, ne s’écarte
en rien de celle que mènent ses trois sœurs.
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Photo des enfants de la famille Peerdeman :
Au premier rang,
de gauche à droite : Truus Peerdeman, Ida Peerdeman, Jo Groothues
Heidkamp-Peerdeman et P. Spauwen S.J.
Au deuxième rang,
de gauche à droite : Cas Kerstholt (un ami de la famille), Gé
Peerdeman, Lies Kerstholt, Afra Peerdeman-Bos et son mari, Pieter Peerdeman,
seul frère d’Ida, avec leur fils Jan et leur fille, Hélène
van der Heijden-Peerdeman.
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Paris,
le 31 mai 1969 |
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Ida faisait partie de la « militia
Jesu Christi », un mouvement marial dont l’origine remonte
au temps des Chevaliers qui s’étaient institués en
milice pour la protection des monastères de l’Ordre dominicain.
En 1870, cette institution a donné naissance à une association
de laïques pour la défense de la foi.
Un jour, saint Dominique apparaît à Ida dans une vision ;
en lui montrant le portail du monastère de Sens, il lui dit :
« C’est là que tu dois entrer. »
Le 13 octobre 1968, Ida devient membre du mouvement et reçoit à
Sens le « manteau de la Milice ».
Le 31 mai 1969 a lieu la cérémonie solennelle de sa première
promesse au sein de la Milice. C’est à Paris, à l’église
Saint-Germain l’Auxerrois. Le Grand Maître, Frère Emmanuel
Houdart de la Motte lui demande alors de dire devant toute l’assemblée
la prière de la Dame de tous les Peuples.
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Le 25 février
1950 Tante Ida écrit pour sa nièce, Hélène
van der Heijden-Peerdeman, la prière suivante dans un recueil de
poésies :
Oh ! apprends-moi à joindre
les mains, que je sois heureuse ou que je souffre.
Apprends-moi à croire et à avoir confiance et à être
patiente toute ma vie.
Apprends-moi à toujours discerner ce que Toi, ô mon Dieu,
Tu désires de moi.
Apprends-moi à oublier ma volonté propre pour faire en silence
ce que Tu m’apprends.
Amen.
« J’ai reçu cette prière
des mains du Père Teppema o.p. le jour de mes seize ans, le 13
août 1921. Je l’ai, depuis, priée tous les jours. »
Ida Peerdeman |
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« Quant
à toi, mon enfant,
je mets dans ton sein les hommes du monde entier.
Regarde-moi et fais-moi donc confiance. »
Message du 1er avril 1951
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UN APOSTOLAT INLASSABLE AU SERVICE
DE LA MÈRE DE TOUS LES PEUPLES
|
« Maintenant, c’est à
toi que je m’adresse,
mon enfant. Veille à la diffusion. »
17 février 1952
J’ai pu prendre cette photo moi-même dans
les années quatre-vingt. Quand on connaissait Ida, on savait qu’invariablement,
jour après jour, elle était à son petit bureau où,
pour répondre au vœu de la Dame et jusqu’à ce
que ses forces l’abandonnent, elle tâchait, dans une inlassable
fidélité, de diffuser dans le monde entier images et messages.
Elle répondait à toutes les lettres, faisait soigneusement
de petits paquets auxquels elle ajoutait un mot personnel et aimable.
« Engagez-vous d’un cœur
brûlant de zèle
dans cette œvre de rédemption et de paix,
et vous contemplerez le miracle. »
1er avril 1951
En 1951, Ida était encore loin d’avoir
compris sa tâche. Peu à peu, elle a pu se convaincre elle-même
de l’étonnante rapidité avec laquelle se répandait
l’image accompagnant la prière. C’était le miracle
dont la Vierge Marie avait parlé et qu’elle lui avait montré
sous la forme de flocons de neige tombant drus sur la terre. Sans grande
publicité et grâce à des secours souvent inattendus,
la prière a pu être traduite dans de nombreuses langues et
parvenir dans les parties les plus reculées du monde. Ida en avait
reçu la promesse : « Tu
verras, la diffusion va se faire d’elle-même. »
(15 avril 1951)
La voyante reçoit plusieurs fois cette
image des flocons de neige. Dans le message du 1er avril 1951, elle la
décrit comme expression des effets qu’aura cette action mondiale
de diffusion : « La
Dame me montre ensuite le globe terrestre sur lequel elle se tient. On
dirait qu’il neige autour d’elle. La Dame sourit et dit :
“Tu ne comprends pas ? Regarde
bien le globe.” Je vois
alors le globe recouvert d’une épaisse couche de neige. La
Dame sourit une nouvelle fois et dit : “Regarde
encore une fois le globe.”
On dirait que le soleil brille sur le globe et que la neige se met lentement
à fondre et à disparaître dans le sol. La Dame dit
alors : “Tu te demandes :
qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Tiens, voici l’explication
de ma venue aujourd’hui. Tout comme les flocons de neige tourbillonnent
au-dessus du monde et tombent sur le sol pour former une épaisse
couche, de même l’image et la prière se répandront
sur le monde et tomberont dans les cœurs de tous les peuples.”
Tandis qu’elle dit cela, je
vois tous les peuples devant moi. La Dame me montre alors du doigt d’abord
son propre cœur, puis les cœurs de tous les hommes et elle dit :
“Tout comme la neige se dissout
dans la terre, de même, le fruit, l’Esprit, viendra dans les
cœurs de tous les hommes qui prieront quotidiennement cette prière.
Ne demandent-ils pas que le Saint Esprit vienne sur le monde ?” » |
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SOUFFRIR EN SILENCE
 |
« Elle était tellement
belle, telle que j’ai pu la voir, et tous les jours, je m’occupe
d’elle, de sa venue et de ses paroles (les messages). C’est
avec ces pensées que je me lève et que je me couche. » |
Les souffrances qu’Ida a portées
dans le silence et sans jamais se plaindre, représentent un vrai
martyre de l’âme et du corps. De l’extérieur,
personne, pas même ses meilleurs amis, ne s’en sont aperçu.
Ce que la Dame de tous les Peuples lui disait par des paroles empreintes
de douceur et d’une grande portée, se gravait de façon
indélébile dans son cœur. Ida a toujours été
soucieuse de le consigner tel quel par écrit et de le transmettre
dans l’obéissance. Dans ses visions, elle percevait les choses
du ciel et en goûtait la béatitude. Mais au quotidien, elle
se trouvait confrontée au mépris et aux calomnies, à
la méfiance et aux doutes. Tournée en dérision et
dénigrée par les médias, elle a appris la douleur
de perdre sa réputation par fidélité à la
vérité et à la Dame.
Ida savait qu’elle n’était pas l’objet d’une
illusion. Tout en restant un simple instrument, elle était consciente
de porter le message le plus important du XXe siècle. Elle n’en
souffrait que plus sous le poids de la responsabilité.
Tous ceux qui connaissaient vraiment Ida, savaient qu’elle était
d’une obéissance héroïque vis-à-vis des
autorités de l’Église. Personne cependant ne soupçonnait
à quel point il lui en coûtait de se taire et d’attendre
patiemment, indéfiniment, continuellement.
Quand il lui arrivait d’exprimer sa déception auprès
de quelques amis, ce n’était jamais pour se plaindre. Elle
n’a pas eu une plainte non plus quand il lui a fallu rendre au Seigneur
ceux qui lui étaient chers, d’abord son frère bien-aimé
Piet, puis le bon Père Frehe. En 1981, c’est son second et
fidèle directeur spirituel qui décède, le Père
Kerssemakers (de la Congrégation des Pères du Saint Sacrement).
Certains plaignaient alors Ida qui n’avait plus de sainte Messe
dans la chapelle et qui ne pouvait plus communier. Sa réponse en
a surpris plus d’un : « Et
pourtant, je communie. Je reçois la communion d’une main
invisible. »
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Ceux qui étaient plus proches
d’elle, connaissaient sa modestie et sa discrétion. Mais
quand il lui fallait parler des messages aux prêtres ou aux pèlerins,
elle faisait des descriptions si vivantes des visions qu’on aurait
dit qu’elle les avait encore.
Quand on entendait Ida parler de la Dame de tous les Peuples, on ne pouvait
que dire : Il est impossible qu’une simple femme comme elle
puisse dire ces choses d’elle-même. |
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« TU N’ES
PAS ENCORE AU CALVAIRE. »
Ida a souffert d’une grande
solitude, plus encore quand elle a fini par perdre ses trois sœurs.
Les paroles de la Dame lui revenaient en mémoire : « Toi,
mon enfant, tu dois coopérer sans angoisse et sans peur. Tu vas souffrir,
spirituellement et physiquement. » (1er avril 1951)
Elle a souffert d’un cancer au sein. Mais, par crainte de l’hospitalisation,
elle ne s’est faite opérer que très tard. Elle était
aussi gravement malade du cœur.
Même si elle n’en parlait pas, ses amis intimes n’ignoraient
pas que, dans les dernières années de sa vie, elle subissait
de nouvelles attaques du démon. On la vit un jour, par exemple, à
l’âge de 85 ans, totalement épuisée et en larmes.
Pendant une heure entière, elle avait eu à soutenir la lutte
contre de terribles sifflements stridents, des cris et des grincements causés
par le démon. |
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« Fais
de ta vie une offrande ! »
4 avril 1954 |
De même, dans la nuit du 4 au 5 avril 1992,
le démon se manifesta dans sa chambre. Ida n’entendit que
le bruit fracassant de quelqu’un qui marchait lourdement. Elle ne
le voyait pas dans l’obscurité. D’une voix percutante
et affreuse, il s’adressa à elle : « Je veillerai
à ce que ça n’aille pas plus loin entre ton évêque
et toi. La lumière que tu vois, c’est la mienne ; ce
n’est pas celle de l’autre ! » Ida lui répliqua :
« Bien sûr que c’est
elle ! La Dame, elle, vient toujours dans la lumière tandis
que c’est typique de toi, tu ne viens que lorsqu’il fait sombre
et tu es toujours dans l’obscurité. » Ida
se mit à réciter à voix haute la prière que
lui avait enseignée la Dame. Le démon poussa un cri :
« Je veillerai à ce que tu ne puisses plus jamais voir
la lumière. » À ces mots, il lui lança
un petit caillou dans l’œil qui lui causa de terribles douleurs.
Puis il disparut. L’œil se mit à enfler et devint tout
rouge. Le lendemain matin, Jannie Zaal, qui s’occupait d’elle
dans ses dernières années, et Truus, la sœur d’Ida,
lui rincèrent l’œil avec de l’eau de Lourdes.
L’œil était infecté mais ne présentait
aucune lésion interne. Le médecin prescrivit une pommade.
Une dizaine de jours plus tard, Ida avait recouvré la vue.
Le 1er mars 1995, mercredi des Cendres, les cinq téléphones
de la maison se mirent subitement à sonner en même temps.
Même quand on décrochait, la sonnerie ne s’arrêtait
pas. C’était une manœuvre du démon pour faire
peur à Ida. Effectivement, elle se sentait vraiment mal, jusqu’à
la nausée.
Une autre fois, le démon la souleva de son lit en lui disant d’une
voix haineuse : « Tu n’es pas encore au Calvaire ! »
Le 15 décembre 1995 au matin, on trouva Ida, gisant au pied du
lit, le visage ensanglanté. Elle s’était sentie subitement
saisie dans le dos par une main de plomb qui l’avait jetée
par terre, la tête la première. Le choc avait été
si violent qu’on pouvait voir encore, deux mois plus tard, la trace
des hématomes sur son visage. En tout, Ida fit ainsi trois chutes,
semblables aux chutes de Notre Seigneur sur le chemin de Croix.
Le soir du 28 mai 1996, Mgr Bomers vint lui rendre visite. Il sonna sans
que personne ne vint lui ouvrir. Il savait pourtant qu’Ida était
chez elle. Inquiet, il le fit savoir à Jannie. Ida gisait au sol,
sans bouger. Elle avait été une nouvelle fois empoignée
de force et jetée brutalement au bas de son lit. |
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« Toi,
mon enfant,
viens devant cette image et prie tant que tu peux ! »
Message du 19 mars 1952
« Prie beaucoup pour
obtenir de bons prêtres
et pour que les peuples se repentent. »
Message du 31 mai 1958
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IDA FÊTE SES 90 ANS
Le 13 août 1995, Ida célébrait ses 90 ans. De tous
côtés, on est venu lui présenter des vœux et
la remercier pour sa fidélité et sa persévérance.
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La reconnaissance officielle du titre est enfin venue après une longue
attente.
La Vierge Marie avait promis à Ida qu’elle verrait ce moment.
« JE VAIS BIENTÔT T’EMMENER
AUPRÈS DE MON FILS. »
« Au revoir,
au ciel ! », tels sont les derniers mots de la Dame dans ses
messages. En attendant ce jour, Ida est restée fidèle à
la mission dont la Sainte Vierge l’avait chargée.
« Tu ne dois jamais manquer de venir devant cette image (…)
afin de prier pour tous (…) Tu le feras jusqu’à ce que ce
soit la fin. » (15 novembre 1951)
Ida savait qu’elle mourrait dans l’année 1996. Le 1er janvier
de cette même année, en effet, la Dame qui s’était
tue depuis le mois de novembre précédent, fit entendre à
nouveau sa voix pour lui annoncer : « C’est
ta dernière année. Je vais bientôt t’emmener auprès
de mon Fils. Ta mission est accomplie. Continue à écouter la voix. »
Peu après, Ida confiait à l’un de ses proches :
« Je n’en ai plus pour
longtemps. Je suis gravement malade. Il n’y a plus rien qui me retienne
ici. »
Le 31 mai 1996, date à laquelle sera fixée un jour la fête
de la Corédemptrice, l’évêque de Haarlem, Mgr Henrik
Bomers et son coadjuteur, Mgr Josef M. Punt – de l’autorité
desquels relevaient les apparitions d’Amsterdam –, autorisaient
officiellement la dévotion publique à Marie sous le titre de DAME
DE TOUS LES PEUPLES.
Ida avait prié pendant des décennies pour vivre ce moment-là.
Toute heureuse, elle dit ces mots qu’on pourrait comparer à la
prière du vieillard Siméon : « C’est
enfin arrivé. Je devais vivre ce moment et je l’ai vécu.
Notre Seigneur peut à présent venir me chercher. »
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L’ENTRÉE DANS LA VIE
Le mercredi 12 juin 1996, dans un profond recueillement,
Ida reçut le sacrement de l’onction des malades des mains du Père
Amandus Korse o.f.m., profondément touché de la voir s’abandonner
ainsi à la mort, mais aussi de la voir prête à accepter
d’autres souffrances, selon la volonté de Dieu.
Deux jours plus tard, voyant son affaiblissement général, le médecin
de famille insista pour l’hospitaliser. Ida avait demandé à
Jannie de l’accompagner de la chambre au rez-de-chaussée, en attendant
l’ambulance. Or, toutes deux firent une chute dans l’escalier. Peter,
le jardinier, la transporta, mourante, dans la salle à manger. À
l’hôpital, on la mit aussitôt sous oxygène car elle
n’arrivait que difficilement à respirer et était prise de
crises d’étouffement. Seuls, de rares amis ont pu lui rendre visite.
Elle était comme un enfant sur son lit, ne parlait qu’à
grand-peine, le cœur étant à bout.
Au petit matin du 17 juin 1996, à 4h15, Ida remit son âme entre
les mains de son Créateur. Il n’y avait personne auprès
d’elle. Elle avait 90 ans. C’est ainsi que s’éteignit
celle qui était restée cachée au monde tout en étant
le grand prophète de la Dame de tous les Peuples.
 |
« Au revoir,
au ciel ! »
Derniers mots du dernier message,
le 31 mai 1959
« Mon enfant, ils te croiront.
Je suis là. Je t’assisterai et t’aiderai. »
Message du 31 mai 1954
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HOMÉLIE
tenue par Mgr Henrik J. Bomers (+12 septembre 1998)
lors des obsèques d’Ida Peerdeman, le 20 juin 1996
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En signe de la profonde estime en
laquelle il tenait la voyante, Mgr Henrik Bomers voulut présider
lui-même aux obsèques qui eurent lieu le 20 juin 1996.
Devant, à droite, le Père franciscain Amandus Korse. |
Chers frères et sœurs,
Le moment est venu, en cette liturgie, de dire
quelques mots sur la défunte que nous allons bientôt porter
en terre.
Nous tous réunis ici, nous avons aimé Ida Peerdeman ;
nous l’avons admirée et estimée. Tout en sachant que,
vu son grand âge, ce jour allait venir et qu’il nous fallait
nous résigner à l’inévitable, nous n’en
ressentons pas moins le vide qu’elle laisse parmi nous.
J’ai essayé de trouver quelques
passages de l’Écriture qui correspondent autant que possible
à Ida Peerdeman ou qui, disons, lui correspondent en particulier.
J’ai pris la première lecture dans le livre du prophète
Isaïe. Elle commence par ces mots : « En ces jours-là,
Yahvé Sabaoth préparera sur cette montagne un festin pour
tous les peuples. » Pour tous les peuples… Nous savons
tous que ce thème, à savoir que le Seigneur est là
pour tous les peuples – un thème qui revient souvent dans
la Bible – a toujours joué un grand rôle dans la foi
d’Ida Peerdeman et dans ce qu’elle a vécu.
Je sais combien Ida n’a cessé d’aspirer à ce
que cette dévotion, sous la forme qu’elle a défendue,
reçoive une reconnaissance officielle de la part de l’Église.
Je tiens à vous assurer que cela a toujours été mon
souhait aussi. Un évêque doit cependant tenir compte dans
ses déclarations de toutes les circonstances. Et quand je parle
de « circonstances », je crois que je suis ici le
seul qui les connaisse vraiment toutes.
Heureusement, Mgr Punt et moi-même avons
annoncé, le 31 mai dernier, en la fête de la Visitation,
que nous n’avons aucune objection à la dévotion à
Marie en tant que Dame de tous les Peuples ni à ce qu’on
la vénère publiquement sous ce titre. L’Église
doit faire preuve d’une grande prudence dans la reconnaissance d’expériences
particulières que peuvent faire certaines personnes comme ce fut
le cas d’Ida.
Cela ne veut pas dire que l’Église
n’ajoute pas foi à leur parole ou ne leur accorde pas sa
confiance, mais ces choses-là doivent être absolument certaines
et avoir été rigoureusement examinées par l’Église
pour que celle-ci puisse se prononcer et affirmer qu’elles sont
conformes à la doctrine officielle qu’elle a toujours maintenue
et qui se fonde sur l’Écriture. Cette reconnaissance viendra-t-elle
un jour ? Gardons une grande ouverture d’esprit, prions dans
ce sens et attendons ce momentavec patience en bons chrétiens .
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| Statue de bronze sur la tombe
d’Ida Peerdeman, au cimetière
Sainte-Barbara à Amsterdam. |
Ce que je tiens en
tout cas à dire ici, c’est que j’ai assez bien connu
Ida. À plusieurs reprises, je me suis entretenu avec elle.
La première fois, c’est elle qui est venue me trouver de
sa propre initiative pour me parler de ces choses. Je crois que nous tous
ici, nous pouvons confirmer sans peine qu’Ida, dans tout ce qu’elle
a vécu, n’a jamais été du genre bigot. Elle
avait un solide bon sens qu’elle a gardé jusqu’à
son dernier jour et avait en horreur tout ce qui pouvait s’apparenter
au culte de la personnalité. Elle n’avait vraiment rien à
voir avec cela. Ce sont là deux traits tout à fait louables
et positifs.
Nous tous, nous l’avons bien entendu
aussi connue comme une femme joviale, vive, prévenante, pleine
de vie jusqu’à ses derniers jours. Ce dont je suis aussi
absolument convaincu, c’est qu’elle était tout à
fait sincère et qu’elle a dit la vérité telle
qu’elle l’a vécue. Toute sa vie, elle s’est investie
dans la dévotion à Marie sous le titre de Dame de tous les
Peuples. Je pense que c’est une dévotion qui vient très
à propos en notre temps, parce que nous vivons à
une époque où les peuples de la Terre se connaissent les
uns les autres et établissent des contacts
les uns avec les autres. C’est bien le cas de notre pays et plus
encore de cette ville d’Amsterdam qui regroupe des gens venant de
presque tous les peuples du monde. Tous ces peuples doivent pouvoir cohabiter
dans la charité, l’harmonie et la fraternité. On voit
des guerres en tant d’endroits de la terre, on a vu la guerre dans
nos contrées, en ce siècle même, guerre liée
de façon odieuse à une théorie des races absolument
abominable.
Ce thème de l’appartenance de tous
peuples du monde à la même famille de Dieu, nous l’énonçons
à chaque fois que nous prions le Notre Père dans lequel
nous appelons Dieu « Notre Père », deux mots
par lesquels on exprime quelque chose de tout à fait révolutionnaire.
Je ne m’adresse pas à « mon Père »
et vous ne vous adressez pas à « votre Père »
mais tout chrétien, à l’exemple du Christ, dit toujours :
« notre Père ». Il est l’unique Père
de tous les hommes, de tous les peuples et nous sommes tous frères
et sœurs, les uns pour les autres. C’est pourquoi cette dévotion
à Marie, Dame de tous les Peuples, est une très bonne dévotion.
Cette dévotion nous montre aussi que nous avons un devoir d’évangélisation
envers toutes les femmes et tous les hommes de notre terre qui ne connaissent
pas le Christ. Non qu’il nous faille faire du prosélytisme
ou recourir à des subterfuges pour faire d’eux des chrétiens.
Si quelqu’un veut devenir chrétien, cela relève de
sa propre responsabilité, mais il est de notre responsabilité,
par les mots que nous disons, les actes que nous posons et le témoignage
de notre vie, de leur montrer et de leur donner à entendre qui
est le Christ.
Voilà pourquoi ce titre de Dame de tous les Peuples est un titre
également très évangélique. Il nous rappelle
à notre mission d’annoncer le Christ à tous les peuples.
Dans l’une de ses lettres, saint Paul écrit :
« Malheur à moi si je n’annonce pas le Christ. »
Il ne dit pas : « Malheur à ceux qui ne connaissent
pas le Christ » ou bien « à ceux qui n’accueillent
pas le Christ » mais « Malheur à moi si je
n’annonce pas le Christ. » Eh bien, cette pensée
de saint Paul est toute contenue dans cette dévotion à Marie,
Dame de tous les Peuples.
Dans l’Évangile de saint Jean, où l’on rencontre
deux fois le terme de « Femme » (équivalent
à celui de « Dame »), il est manifeste que
le Christ associe Marie à sa mission salvifique.
C’est pourquoi, chers frères et sœurs, j’espère
de tout cœur qu’à partir d’aujourd’hui,
à compter du départ d’Ida, nous allons continuer à
faire vivre parmi nous ce pour quoi elle s’est tellement investie
avec tout son cœur, et que nous verrons naître une dévotion
à la Dame de tous les Peuples qui sera florissante et dans un sens
authentiquement évangélique.
Pour cela, il convient tout d’abord d’entretenir des rapports
harmonieux les uns avec les autres et de faire œuvre commune. Si
quelqu’un fait des erreurs, que nous sachions nous comporter en
vrais disciples de Jésus et pardonner afin de nous redresser et
d’avancer avec un nouvel élan sur la voie de l’Évangile.
Ida savait pertinemment que le jour de sa mort
approchait. Elle est maintenant réunie à sa famille, à
ses proches qu’elle a toujours beaucoup aimés et qui eux
aussi l’ont beaucoup aimée. Elle a le bonheur d’être
auprès de Dieu, de Marie et de tous ceux qui – et il y en
a beaucoup – ont été ici-bas ses amis. De là
où elle est, elle se fait maintenant notre avocate.
L’occasion m’est donnée de
remercier ceux qui ont eu une grande importance dans sa vie. Je ne saurais
toutefois nommer tous ceux qu’il convient de remercier sans en oublier.
La liste serait trop longue à dresser, et il me paraît plus
juste d’y renoncer. Je désire exprimer mon estime et ma gratitude
à tous ceux qui, du temps d’Ida, ont partagé avec
elle son dévouement à la cause de cette dévotion
et qui l’ont soutenue. Et je leur demande : Allez de l’avant
sur cette bonne voie.
Il y a une personne que je désire remercier
personnellement et c’est vous, Madame Jannie Zaal, pour avoir été
personnellement tout près d’Ida et pour tout l’amour
et le dévouement avec lequel vous vous êtes occupée
d’elle, y compris dans les derniers jours où il lui fallait
des soins intensifs.
À vous tous, j’exprime mes condoléances
face à la perte d’Ida Peerdeman. Soyons consolés et
reprenons courage en pensant, comme nous en avons la certitude, que pour
Ida cette cérémonie n’est pas une mise au tombeau
mais un retour à la maison et que, stimulés par l’exemple
de sa vie, nous serons un jour nous aussi près d’elle, là
où elle est maintenant. Amen.
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